29 août 2011
Mon métier
En juillet 2010, je gardais deux enfants qui vivent dans mon immeuble, quelques étages plus bas. Après avoir vu une annonce dans le hall cherchant en urgence une nounou, je me suis proposée, histoire de mettre un peu de beurre dans les épinards et de dépanner mes gentils voisins. A côté de ça, j'écrivais des articles pour un site internet lyonnais, et je trouvais ça chouette, même si ce n'était malheureusement que temporaire. J'avais déjà fait pas mal de baby-sitting avant, j'avais été employée familiale auprès d'une adorable puce de 3 ans pendant deux années consécutives, bref, l'univers de l'enfance m'était plutôt familier. Et j'ai commencé à me renseigner, un peu par hasard, par curiosité, pour devenir assistante maternelle. J'ai fait des recherches, appeler différentes structures, contacter la Protection Maternelle et Infantile de mon secteur, assisté à une réunion d'informations. Et je me suis dit "Et finalement, pourquoi pas ?". Vu que mon secteur d'activités me boudait, que je cherchais un job pérène depuis 1 an et demi en enchaînant les périodes de chômage et celles de remplacement et que je commençais à en avoir sérieusement marre, je me suis dit qu'il était peut-être enfin temps de chercher ailleurs, de voir plus loin.
J'ai du entendre un millier de fois "Mais c'est quand même dommage de faire ça, après toutes les études que tu as faites ...". Parce qu'entendons-nous bien, la profession d'assistante maternelle n'est pas toujours bien vue. Pour certain, c'est du "gardiennage d'enfants", pour d'autres c'est "la facilité de rester à la maison et de se la couler douce", pour d'autres encore c'est un "travail ingrat et peu satisfaisant". Alors oui, c'est certain, tout le monde n'est sûrement pas capable de travailler avec des enfants. Oui, il faut de la patience, il faut de l'imagination, il faut avoir envie et ne pas décider de les poster devant la télé toute la sainte journée pour être tranquille. Evidemment !
Mais ce que les gens ne voient pas dans ce métier, c'est tout le bonheur, l'épanouissement et la reconnaissance qu'on peut en tirer. Le bonheur, parce que voir un enfant grandir, évoluer, assister aux étapes importantes de son développement, le voir se sociabiliser, apprendre la parole, maîtriser la marche, devenir doucement mais sûrement autonome et s'ouvrir au monde, c'est un spectacle de tous les instants. L'épanouissement, je l'ai à travers tous les jeux que nous faisons ensemble, les activités, les travaux manuels, les histoires que je leur raconte, les balades et les sorties au parc, le sentiment de me sentir utile, et d'être une sorte de moteur et d'accompagnant bienveillant pour les aider à progresser. La reconnaissance, je l'ai à travers les dessins, les bisous, les câlins et les éclats de rire qu'ils m'offrent tous les jours. Parce qu'un enfant ne donne jamais malgré lui, il donne sans compter, quand il se sent en confiance, en sécurité, quand il se sent aimé. Les enfants ne sont pas hypocrites comme certains adultes, s'ils ont décidé de te faire la tête ou bien la fête, ce sont eux qui le décident, un point c'est tout. Ils ne mentent pas, ils ne trichent pas. Et quand ils t'offrent leur affection, c'est sans limite, et sans commune mesure. C'est la plus belle des reconnaissances, bien plus belle qu'une augmentation de salaire ou qu'un "bien joué" d'un chef peu enclin aux compliments. En fait, je crois que travailler avec des enfants est un des boulots les plus gratifiants, car c'est avoir tous les jours sous les yeux la preuve qu'on sert à quelque chose, et que notre travail est important, déterminant, essentiel.

C'est vrai que certaines ont tendance à salir la profession. Les nounous qu'on voit hurler sur les enfants pour un oui ou pour un non, les gestes ou les mots violents qui font mal au coeur, les femmes qui font ce travail pour leur petit confort, pour la facilité que ça peut représenter, sans aucune passion ni aucun principe. Comme dans tous les métiers, il y a des gens consciencieux et animés par l'envie, et il y a les autres, ceux qui font le minimum, ou même parfois moins. Ceux qui salissent un peu la profession, qui expliquent un peu pourquoi elle est parfois mal considérée. Mais j'ose espérer que ce n'est pas la majorité. Et moi j'ai vraiment envie de vivre ce métier comme une chance, un champ de possibles, un épanouissement quotidien. J'ai envie d'apporter aux enfants ce dont ils ont besoin, l'affection nécessaire pour les rassurer, le cadre obligatoire pour les structurer, la confiance indispensable pour leur donner confiance en eux et l'envie de découvrir le monde.
Alors oui, c'est vrai, on peut se demander légitimement à quoi ont pu me servir mes 6 années d'études supérieures. Est-ce que ce n'était pas une perte de temps ? Est-ce que je n'aurais pas pu commencer à bosser en tant qu'assistante maternelle à 18 ou 20 ans, et ainsi commencer à cotiser pour la retraite que je ne toucherai probablement pas ? :D
Mais moi, je sais que tout ça m'a servi. Je sais qu'étudier le théâtre, le cinéma, la danse, les arts plastiques et la musique m'ont permis de développer encore plus profondément ma sensibilité. Je sais que j'ai grandi au contact de ces artistes découverts sur les bancs de la fac, grâce à ces pièces et ces spectacles vus en grand nombre, je sais que tout ça a fait de moi ce que je suis aujourd'hui, je sais que tout ça m'a dessinée. Je sais aussi que non, ces apprentissages ne sont jamais perdus. Ils continuent encore à me nourrir. Mes envies artistiques continuent à vivre, différemment mais résolument à travers les travaux créatifs que j'entreprends avec mes petits. Je sais déjà que je pourrais proposer à certains l'initiation au théâtre, pour faire "comme si". Je sais que toutes ces connaissances et cette soif de création peut, si je le veux, coexister avec mon nouveau métier. Ça n'est pas du tout antinomique, en fait. Loin de là !

Après la réunion d'informations de septembre dernier, j'ai envoyé mon dossier. J'ai peaufiné mon projet, affiné mes objectifs. J'ai nourri mes envies de toutes les possibilités que m'offrait ce nouveau métier. J'ai reçu la puéricultrice chez moi pour un entretien, j'ai eu un accord favorable de sa part, j'ai vu le médecin de la PMI, j'ai eu un accord favorable de sa part, mon dossier est passé en commission, et j'ai reçu en décembre ma notification d'agrément, qui stipulait que je pourrais exercer une fois ma formation effectuée. J'ai effectué ma formation en deux parties, d'abord en février, puis en avril-mai. J'ai obtenu mon certificat de sauveteur secouriste du travail. En juin, j'ai commencé à travailler.
Il a fallu un an, donc, pour que ce projet se mette en place. Un an de questionnements, un an d'envies, un an d'excitation, un an à me dire que malgré les regards étonnés autour de moi, oui, j'avais choisi la bonne voie.
Aujourd'hui je suis assistante maternelle, et j'aime ça. Evidemment, certains jours je suis épuisée. Oui, les 45h (bientôt 50) de boulot hebdomadaires sont fatiguantes et parfois je ne rêve que de dormir. Oui, les enfants peuvent être parfois agaçants, difficiles, éreintants. Non, ce n'est pas un boulot de rêve, parce qu'en fait, ça, je crois que ça n'existe pas. Mais c'est mon boulot. Et je l'aime comme ça !

19:28 Publié dans Profession : assistante maternelle | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note